Conseils de lecture

Traverser la Nuit
20,90
par (Libraire)
1 février 2021

Un matin d'hiver un homme est retrouvé hagard, recroquevillé sous un banc, le tee-shirt couvert de sang, c'est un géant qui ne parle pas, le sang n'est pas le sien. L'affaire échoit au capitaine Jourdan comme celle de cet homme qui a tué toute sa famille. Jourdan est un flic au bout du rouleau, trop de violence, trop de folie, trop de silence dans son couple qui fait naufrage. Dans les rues de Bordeaux un ancien militaire, maniaque et misanthrope, traque les femmes seules, les prostituées pour les égorger. Louise vit seule avec son petit garçon, dans la hantise de voir surgir un ancien petit ami violent qui la harcèle, personne ne la protège.

Les éléments sont posés, à partir de là Hervé Le Corre déroule son histoire nocturne, âpre, servie par une écriture toujours aussi ciselée, les personnages touchent, accablés de solitude ou de folie. La figure du flic en bout de course, si elle n'est pas nouvelle, bouleverse, et rappelle le vieux shérif de No country for old man de Cormac McCarthy.

La lecture de ce mélancolique roman risque de vous laisser le cœur déchiqueté.
Wilfrid


Chroniques de la place carrée, 1, Mathilde ne dit rien
20,00
par (Libraire)
24 janvier 2021

Une ville moyenne de l'Est de la France, Mathilde vit là, seule, depuis douze ans, près de la place carrée, zone frontière entre la ville bourgeoise et les "quartiers" ; ex-sportive de haut niveau au physique toujours impressionnant, Mathilde parle peu et n'a pas d'amis. Elle travaille dans les services sociaux du Conseil départemental, chargée d'examiner les dossiers de demande d'aide d'urgence, elle voit défiler tous ceux qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts : menacés d'expulsion, surendettés. Dans son quartier elle aide à faire "les papiers", les démarches, à remplir des formulaires abscons pour des familles d'immigrés, des personnes âgées. Un jour sa voisine Nadia vient la trouver, désespérée, elle a besoin d'aide, mais une aide que ne peut lui apporter ni les dossiers d'aide sociale, ni les recours légaux. Mathilde se retrouve confrontée à un passé trouble et douloureux qui nous est dévoilé au fil du récit.

Avec ce premier volet des chroniques de la place carrée, Tristan SAULE signe un roman noir social et tendu, tenu, haletant du début à la fin. Les personnages sont justes et touchants, les phrases claquent, la peinture sociale nous saisit : le portrait d'une société fracturée par de profondes inégalités, brossé sans pathos ni manichéisme.

Wilfrid


Par instants, la vie n'est pas sûre
21,90
par (Libraire)
24 janvier 2021

C'est une lettre que Robert Bober adresse à un absent, son ami Pierre Dumayet mort en 2011, un absent dont on sent la présence à chaque page. Une lettre pour celui avec lequel il a tant travaillé, filmé, parlé, lu. Pierre Dumayet qui amena la littérature à la télévision, avec l'émission Lectures pour tous. De cette lettre irradie la puissante chaleur de l'amitié et de la reconnaissance.
C'est un livre en désordre, comme une bibliothèque au classement indéchiffrable, un livre généreux qui donne envie de lire des dizaines de livres, de voir des centaines de films. Ce sont des histoires qu'un grand père miraculeux, à l'instar du personnage de Martin Buber, vous raconte un soir d'hiver, le regard entre les rires et les larmes. Des histoires d'un monde perdu, traversées par des destins brisés de familles et d'enfants qui ne sont jamais revenus des camps, par des récits de rabbins, par la malice de Pérec, les fulgurances de Jankelevitch, les silences de Duras, la pertinence d'un éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens. C'est un monde de souvenirs, de photos, d'images qui s'anime devant nous, humain, bouleversant, profond. C'est un combat contre le néant. Une tentative de réunir, de rassembler, peut-être une dernière fois.

Moi aussi j'aurais aimé que Pierre Dumayet m'apprenne à lire et à écouter les silences, lui qui s'interroge dans Autobiographie d'un lecteur – Pauvert 2000 - "Les sentiments que nous éprouvons pour des personnages fictifs sont-ils réels ?" Et qui nous guide vers ce que nous aimerions dire des livres "Ce que je voudrais décrire, c'est la peau du texte. Comment l'écriture m'a touché. Pas comme une bonne action touche, non. Comme une main touche une nuque ou une autre main." C'est comme cela que ce livre m'a touché.

Wilfrid


Ohio, Roman

Roman

Albin Michel

22,90
par (Libraire)
5 novembre 2020

Un uppercut

Nous avons tous en tête les figures stéréotypées des héros de sitcoms pour adolescents : sportif adulé, pom pom girl, ou looser magnifique. Stephen Markley nous invite à retrouver ces personnages, aujourd'hui trentenaires, loin des clichés, au cœur de la petite ville de New Canaan, Ohio.

Dans une construction narrative aussi dense que brillante, nous suivons six destins, six personnages, six visions d’une Amérique, parfois en déclin. Six parties qui pourraient se suffirent à elles-mêmes, tant l’auteur fait preuve de précision et d’intelligence, que ce soit dans son écriture, dans la psychologie de ses personnages, ou dans sa lucidité sur le monde.
L'intrigue n'est pas en reste, et l'ouvrage tire sur le roman noir au fil des pages et des révélations.

Stephen Markley réussit avec brio un portrait honnête des Etats-Unis et de sa jeunesse "post 11 septembre", par le prisme d’une petite ville (d’ailleurs imaginaire) de l’Ohio. De l'anti-militarisme au patriotisme chevronné, en passant par l'homosexualité, la violence, la drogue, ou encore l’écologie, voilà un auteur qui a des choses à dire et à écrire, et qui étanchera la soif des férus de Littérature Américaine.

Plus qu'une claque, ce livre est un uppercut, inattendu, dont on se relève avec joie.


Lonesome Dove, Les rues de Laredo

Les rues de Laredo

Éditions Gallmeister

28,40
par (Libraire)
5 novembre 2020

Lonesome Dove, suite et fin

Si vous avez lu et adoré Lonesome Dove, véritable référence de la littérature Western, la sortie des Rues de Laredo est un petit événement, tant la traduction française était attendue. Il est même normal d'échapper un petit cri de joie, ne boudons pas ces bonheurs simples.

Si les deux prequels La marche du mort et Lune Comanche étaient satisfaisants, ils n'égalaient pas, à mon sens, le génie des deux tomes de Lonesome Dove.

(Attention, je suis obligée de divulgacher des évènements importants, si vous n'avez pas lu Lonesome Dove , arrêtez tout et commandez-les, 1200 pages de bonheur vous attendent.)

Si Lonesome Dove brille par son humour, instillé par le personnage d'Augustus McCrae, Les rues de Laredo sont teintées d'une mélancolie inhérente au capitaine Woodrow Call.

Quinze années se sont écoulées, Gus n'est plus, l'équipe de la Hat Creek n'est plus, et Call, devenu chasseur de prime, évolue dans un monde qu'il ne reconnait plus.
S'il parvient à constituer une équipe pour l'assister dans la traque d'un bandit terrifiant du nom de Joey Garza, le capitaine semble désabusé, vieillissant et un tantinet à côté de ses bottes.

Plus qu'une aventure, c'est un portrait de l'humanité toute entière, du fin fond du Texas jusqu'au Mexique, chaque personnage livre une bataille avant tout avec lui même.

Une mention spéciale pour les personnages féminins, qui malgré leurs conditions de vie épouvantables, restent les garantes d'une humanité souvent disparue.

Un épisode final qui tient donc ses promesses, Larry McMurtry confirme son talent de conteur, et donne aux Rues de Laredo une puissance exceptionnelle.